"JE NE SUIS PAS PASSÉ À DROITE, C’EST LA GAUCHE QUI S’EST DÉPLACÉE."... Heuuuu.... en fait, non.

 




JE NE SUIS PAS PASSÉ À DROITE, C’EST LA GAUCHE QUI S’EST DÉPLACÉE.


En relisant mes anciennes publications Facebook, certains pourraient légitimement avoir le sentiment d’assister à une évolution politique relativement classique : autrefois proche d’une gauche progressiste, j’aurais progressivement glissé vers la droite, jusqu’à adopter aujourd’hui des positions conservatrices sur l’immigration, la civilisation, l’identité, la souveraineté ou encore ce que l’on appelle désormais les « questions sociétales ».

Cette interprétation est compréhensible. Elle est même cohérente si l’on utilise comme étalon le découpage politique actuel, c’est-à-dire si l’on accepte sans l’interroger la nouvelle distribution des idées entre la gauche et la droite.

Elle est pourtant fausse.

Je ne suis pas passé de la gauche à la droite. Je suis resté fidèle à une gauche sociale, républicaine, rationaliste, universaliste et souverainiste pendant qu’une partie considérable de la gauche française abandonnait progressivement chacun de ces principes au profit du libéralisme culturel, de la déconstruction anthropologique, du multiculturalisme, de l’identitarisme et, plus récemment, d’une alliance aussi électoralement compréhensible que philosophiquement obscène avec l’islam politique et civilisationelle.

Je suis toujours un homme de gauche, mais de cette gauche que l’on rencontre désormais davantage dans les livres que dans les partis politiques : la gauche des Lumières, de la raison, de la liberté de conscience, de l’émancipation par le savoir, du progrès matériel, de la République et de la souveraineté populaire. Une gauche chevènementiste — avant que Chevènement ne se rapproche de Macron — et partiellement michéenne, même si je ne partage pas totalement l’anticapitalisme de Jean-Claude Michéa.

Car je ne suis pas anticapitaliste, je suis socialiste. Mais le vrai socialisme, celui de Michéa, pas celui d'Olivier Faure, de Hollande ou de Glucksman.

Je sais ce que le capitalisme a produit. Je sais l’accroissement considérable des richesses, des biens, de la mobilité, de l’espérance de vie, des connaissances et des possibilités individuelles qu’il a rendu possible. Je ne romantise ni la pauvreté, ni la pénurie, ni les sociétés traditionnelles dans ce qu’elles pouvaient avoir d’injuste, d’archaïque ou d’étouffant. Je ne crois pas davantage que l’égalité puisse consister à répartir équitablement la misère.

Le capitalisme est un outil extraordinairement puissant de production et d’enrichissement. Mais, précisément parce qu’il est puissant, il doit rester un outil subordonné au politique et non devenir le principe organisateur de la totalité de l’existence.

Le marché sait attribuer un prix aux choses. Il ne sait pas déterminer ni hiérarchiser leur valeur. Il sait organiser des échanges. Il ne sait pas produire une filiation, une mémoire, une culture, une morale commune ou une civilisation. Et lorsqu’on lui permet d’étendre sa logique à tous les domaines, il finit nécessairement par considérer comme autant d’obstacles ce qui ne peut être immédiatement acheté, vendu, déplacé, remplacé ou rendu commensurable.

Une frontière ralentit la circulation des marchandises et de la main-d’œuvre : elle devient donc suspecte.

Une culture produit des attachements, des obligations et des résistances : elle devient donc un archaïsme.

Une famille inscrit l’individu dans une histoire qu’il n’a pas choisie : elle devient donc une aliénation.

Le corps possède des limites biologiques : il devient un problème technique à corriger.

Une civilisation cherche à préserver sa continuité : elle est immédiatement accusée de fermeture ou de xénophobie.

Voilà ce que je refuse : non pas le capitalisme comme instrument d’enrichissement des populations, mais le capitalisme devenu métaphysique, c’est-à-dire transformé en une conception totale de l’homme dans laquelle plus rien ne doit échapper au contrat, au désir individuel et à la marchandisation.

L’économie doit rester subordonnée aux ANTHROPOLOGIES, aux cultures et aux civilisations qui rendent l’économie elle-même possible. Car l’homme n’est pas seulement un producteur ou un consommateur abstrait et interchangeable. Il naît dans une langue, une famille, une mémoire et une civilisation qui ont effectué avant lui des choix dont il hérite nécessairement, même lorsqu’il décide de les infléchir ou de les refuser.

C’est également dans cette perspective que je continue à croire au progrès, mais que je ne crois plus au progressisme.

Le progrès n’est pas une direction métaphysique de l’Histoire. Il n’existe pas une force mystérieuse conduisant nécessairement l’humanité du passé obscur vers un avenir moralement supérieur. Il existe seulement des transformations dont il faut mesurer les conséquences, en distinguant soigneusement celles qui augmentent réellement notre puissance d’agir de celles qui ne font que déplacer les contraintes, dissimuler leurs coûts ou produire de nouvelles dépendances. D'ailleurs il existe autant de "Progrès" qu'il y a de civilisations. La civilisation française est universelle mais pas universalisable. Cela veut dire que son universalisme est le produit d'une civilisation particulière localisée géographiquement et bornée par des frontières qui limitent et protègent cet universalisme au territoire politique de la civilisation française.

Le progrès véritable doit pouvoir être constaté. Il soigne, nourrit, instruit, protège, réduit la souffrance, améliore les conditions matérielles d’existence et accroît les possibilités réelles offertes aux individus, sans jamais nier le réel et sans contrepartie inhumaine.

Il doit donc être expérimenté, évalué, corrigé et parfois abandonné lorsque ses résultats contredisent ses promesses ou que les effets pervers surpasse le gain du progrès souhaité. Autrement dit, le progrès doit être traité comme une hypothèse soumise à l’épreuve du réel et non comme un dogme dont la contestation suffirait à excommunier les hérétiques.

Le progressisme fonctionne exactement à l’inverse. Il commence par qualifier une transformation de « progrès », puis il utilise cette qualification comme une preuve. Celui qui demande quels seront les effets anthropologiques, sociaux ou civilisationnels du changement proposé n’est pas considéré comme un interlocuteur prudent, voir pertinent, mais comme un réactionnaire moralement suspect. Le progressisme serait un bien indiscutable en lui-même. Bref, une messe sans Dieu. Pour un spinoziste c'est rude à accepter.

C’est précisément ce qui explique mon évolution sur la question du genre.

Il y a une dizaine d’années, je pensais que la théorie du genre constituait principalement une panique morale entretenue par des conservateurs. Je pensais qu’ils prêtaient à quelques théories universitaires marginales une capacité de transformation sociale qu’elles ne possédaient pas. Je continue d’ailleurs de penser qu’ils manquaient souvent de nuance et qu’ils confondaient des réalités distinctes. Mais ils avaient identifié une dynamique que je ne percevais pas encore. Nous sommes progressivement passés de la protection légitime des individus contre les discriminations à l’institutionnalisation d’une nouvelle anthropologie ; de la liberté offerte à chacun de vivre comme il l’entend à l’obligation imposée à tous de modifier leur langage, leur droit et leur compréhension de la biologie ; du respect dû aux personnes à l’interdiction de discuter les propositions qu’elles formulent sur le réel.

Je suis favorable à ce que chacun mène l’existence qu’il souhaite, je suis libéral, tant qu’il n’empêche personne de jouir de la même liberté. Un homme peut s’habiller, se présenter et vivre socialement comme il le désire. Il doit évidemment être protégé contre les violences et les discriminations injustes. Mais sa liberté individuelle ne crée pas chez les autres l’obligation de nier le sexe biologique ni de transformer un ressenti subjectif en vérité collective obligatoire.

La tolérance consiste à accepter que les autres vivent différemment ; elle ne consiste pas à abolir le réel afin que plus personne ne rencontre la moindre contradiction extérieure à son désir.

La même prudence explique mon opposition au transhumanisme, à la GPA et à l’extension inconsidérée du « droit à mourir ». Ces transformations sont présentées comme de simples libertés supplémentaires, alors qu’elles bouleversent notre rapport au corps, à la filiation, à la vulnérabilité et à la mort..

La GPA est à cet égard exemplaire de l’alliance objective entre le capitalisme et le progressisme. Le premier transforme la capacité reproductive des femmes en prestation contractuelle ; le second qualifie cette marchandisation d’émancipation. Et, comme toujours, ce sont principalement les femmes les plus pauvres qui fourniront leur corps à ceux qui disposent des moyens de payer.

L’adulte solvable formule un désir, le marché lui fournit le corps nécessaire à sa satisfaction et le progressisme transforme l’ensemble en nouveau droit fondamental.

On appelle cela une libération parce que l’on refuse d’en regarder la chaîne causale.

Mon évolution sur l’immigration obéit à la même logique. Je ne suis pas opposé à toute immigration. Je suis opposé à l’immigration de masse parce que l’assimilation n’est pas un acte administratif, mais un processus anthropologique nécessairement lent. S’assimiler ne consiste pas seulement à travailler, à payer des impôts ou à respecter formellement le Code pénal. Cela suppose d’entrer progressivement dans une mémoire, une langue, des mœurs, un rapport au droit, à la religion, aux femmes, à la liberté et à la nation.

Or cette transformation nécessite que les nouveaux arrivants soient suffisamment immergés dans la population majoritaire pour que l’anthropologie du pays d’accueil demeure le cadre dans lequel s’effectuent leurs interactions quotidiennes.

Lorsque les flux deviennent trop importants et trop concentrés, le processus s’inverse. Les nouveaux arrivants peuvent reconstituer sur le territoire d’accueil les structures familiales, religieuses, commerciales, matrimoniales et communautaires de la société qu’ils ont quittée. Ils n’ont alors plus besoin de s’assimiler puisque leur environnement immédiat leur permet de continuer à vivre selon leurs normes d’origine. Ainsi, ils reproduisent ici l'incurie et le sous-développement - oui, j'ose le mot - qu'ils ont quitté.

Ce n’est pas un jugement moral sur les individus. C’est une dynamique sociale parfaitement intelligible.

La pureté ethnique est une idiotie historique et anthropologique. Aucun peuple n’est biologiquement pur et vouloir construire une nation sur cette illusion serait aussi monstrueux qu’absurde. Mais la cohérence civilisationnelle est nécessaire.

Une nation peut intégrer des individus venus de toutes les parties du monde si ceux-ci entrent progressivement dans une culture commune. Elle ne peut pas juxtaposer indéfiniment des communautés portant des conceptions contradictoires du droit, du sacré, du corps, de la famille et de la liberté, puis imaginer que l’invocation rituelle du « vivre-ensemble » suffira à empêcher les conflits.

Le vivre-ensemble n’est pas une cause première. Il est un résultat. Il suppose une langue commune, des institutions légitimes, une mémoire partagée, une culture majoritaire suffisamment assurée pour transmettre ses normes et des flux migratoires compatibles avec le temps nécessaire à l’assimilation.

Huntington, Régis Debray, Toynbee et Lévi-Strauss m’ont précisément permis de comprendre l’importance de ces médiations civilisationnelles. L’universalisme n’existe jamais dans le vide. Il est porté par des institutions, des mœurs et une histoire particulière.

La laïcité elle-même n’est pas une abstraction apparue spontanément dans l’esprit humain. Elle est le résultat d’une histoire occidentale singulière : distinction progressive entre les pouvoirs religieux et politiques, humanisme, rationalisme, Spinoza, Lumières, libéralisme politique, Révolution et République.

Une valeur peut être universalisable sans être spontanément universelle. Elle possède des conditions historiques d’apparition, mais également des conditions politiques et culturelles de conservation. C’est précisément sur ce point qu’une partie de la gauche française a profondément changé. La gauche dont je viens combattait le cléricalisme, défendait l’assimilation, refusait les assignations communautaires et considérait que l’individu devait pouvoir s’émanciper de sa famille, de son origine et de sa religion.

Elle voulait faire du musulman, du chrétien, du juif ou de l’athée un citoyen. La gauche actuelle fait trop souvent le mouvement inverse. Elle racialise la religion, transforme le musulman en membre d’une communauté politique homogène et considère toute critique de l’islam comme une attaque dirigée contre une population.

L’extrême gauche décoloniale et l’islam politique ne partagent pas nécessairement la même finalité, mais ils désignent souvent les mêmes obstacles : l’Occident, l’universalisme républicain, la laïcité, l’assimilation, la nation française et Israël. Leur convergence ne repose donc pas d’abord sur un monde commun à bâtir, mais sur un monde commun à déconstruire. Je ne suis pas cette gauche là, mais je reste de gauche.

Cette transformation explique également pourquoi une partie de la gauche tolère désormais un antisémitisme lorsqu’il se présente sous le vocabulaire de l’antisionisme ou de l’anticolonialisme, tout en niant par principe l’existence du racisme antiblanc. Pourtant, si le racisme désigne bien le fait d’assigner à un individu des caractéristiques morales en fonction de sa couleur ou de son origine, il ne change pas de nature selon l’identité de celui qui le subit. Un racisme ne devient pas progressiste parce qu’il vise un Blanc. Un antisémitisme ne devient pas acceptable parce qu’il se déguise en discours révolutionnaire. Un projet religieux ne devient pas émancipateur parce que ses promoteurs appartiennent à une minorité.

L’universalisme consiste précisément à juger les mêmes actes selon les mêmes critères, indépendamment de l’identité de leurs auteurs ou de leurs victimes.

Je n’accepterai jamais qu’une gauche se prétendant émancipatrice protège davantage la susceptibilité des croyants que la liberté de ceux qui cessent de croire.

Je suis enfin souverainiste, non par fétichisme de la frontière ou par adoration romantique de l’État-nation, mais parce que la souveraineté constitue la condition politique nécessaire à la démocratie. Un peuple qui n'a pas de territoire politique identifié sur lequel exercer son pouvoir démocratique est impuissant. Comment un peuple pourrait-il choisir son destin s’il ne maîtrise plus ses lois, ses frontières, son économie ou les conditions de sa propre continuité ? Que signifie le suffrage lorsque les décisions fondamentales dépendent d’instances extérieures au cadre politique dans lequel les citoyens peuvent délibérer et sanctionner leurs gouvernants ?

Il n’existe pas de démocratie sans demos, pas de souveraineté populaire sans peuple politiquement constitué et pas de peuple durable sans mémoire, sans frontières et sans continuité culturelle.

Je ne suis donc pas passé à droite.

Je suis resté fidèle à une gauche sociale-démocrate, républicaine, rationaliste, universaliste et souverainiste. Une gauche qui reconnaît la puissance créatrice du capitalisme sans lui abandonner la définition de l’homme. Une gauche qui défend le progrès lorsqu’il améliore réellement l’existence, mais refuse d’en faire une religion. Une gauche qui protège la liberté des individus sans transformer chaque désir particulier en nouvelle normativité collective. Une gauche qui combat tous les racismes, tous les antisémitismes et tous les cléricalismes, y compris lorsque leurs représentants peuvent fournir des voix.

Je n’ai pas abandonné la gauche pour rejoindre la droite. J’ai approfondi les conditions matérielles, politiques, anthropologiques et civilisationnelles nécessaires à la conservation des principes que la gauche m’avait elle-même appris à défendre.

J’ai simplement cessé de croire que les intentions généreuses produisaient nécessairement des conséquences heureuses, que le changement était par nature un progrès et que l’invocation du vivre-ensemble pouvait remplacer l’étude des conditions qui rendent réellement possible une vie commune.

Je suis resté du côté de la liberté, de l’égalité, de la raison, du progrès mesurable, de la laïcité et de la souveraineté populaire. Autrement dit, je suis resté fidèle à ma gauche.

 

 

 

Voiçi un texte que j’ai trouvé fort intéressant car il dit simplement des vérités… à une nuance près. L’auteur accuse la gauche de s’être déplacée…. Mais non, c’est lui qui a collé ses valeurs à la gauche, comme on ferait un wrapping sur une voiture pourrie à la carrosserie rouillée. La gauche ne s’est pas déplacée, tout ce qu’il énumère ici comme anomalie sont les raisons pour lesquelles je suis et ai toujours été de droite, les valeurs qu’il prône sont celle de droite !!!! C’est juste lui qui a collé ses valeurs totalement à droite comme un autocollant sur une gauche nauséabonde. Il vient juste de découvrir ce que la gauche est et a toujours été !!!!  Il ne lui reste plus qu’un petit effort à faire pour reconnaitre qu’elle ne s’est pas déplacée, mais que c’est juste lui qui a ouvert les yeux !!!!


Il lui reste encore un peu de travail sur lui même pour arriver à avoué son erreur.


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